Nouvelle expansion pour l'Hollywood tunisien
Pôle culturel - Cinéma
13-01-2009

 Par JeanTarak Ben Ammar-Luc Douin

Homme d'affaires cosmopolite, producteur de cinéma et de télévision, patron de chaînes, le Tunisien Tarak Ben Ammar, 59 ans, apporte un soin particulier au fait de devenir un partenaire incontournable comme prestataire de services. Déterminé à faire des affaires avec Hollywood tout en maîtrisant le marché européen, la conquête des marchés de l'industrie cinématographique du Maghreb est tout aussi cruciale à ses yeux.

Il s'était ainsi promis de planter des studios pharaoniques dans son pays natal. Il installa d'abord un vaste complexe, l'Empire Studios, à Hammamet : 10 hectares dévolus aux films bibliques, fictions religieuses, péplums, avec bâtiments antiques, ateliers de costumes, de décors, d'accessoires... C'est là que furent tournés Le Messie de Rossellini, Les Aventuriers de l'arche perdue de Spielberg, Jésus de Nazareth de Zeffirelli, La Dernière Légion de Doug Lefler ou Pompéi, Néron, Saint Pierre, des biographies d'empereurs, nombre de séries télévisées italiennes pour les chaînes de son associé Silvio Berlusconi. Actuellement en tournage, un Saint Augustin. Et, bientôt, un remake de Ben-Hur. Ben Ammar, patron de l'imposant Quinta Communications Group, qui distribua La Passion du Christ, de son ami Mel Gibson, vient maintenant d'ouvrir un nouveau studio à Benarousse, à dix minutes de Tunis, sur un espace de 3 hectares prêté par l'Etat, une ancienne usine désaffectée. Giuseppe Tornatore vient d'y tourner Baaria, en y reconstituant la petite ville sicilienne où il passa son enfance. Une rue de 500 mètres reproduite à l'identique, 100 000 m3 de remblais : le décor a coûté plus de 15 millions d'euros. Quelque 30 000 figurants ont été mobilisés pour ce film produit par Quinta et Medusa Films (société de la fille de Berlusconi). Kila Nabil, son directeur de production, et Taoufik Guiga, son homme de main en Tunisie, se félicitent de la ressemblance physique de nombre de leurs concitoyens avec les Italiens. Et proposent des coûts défiant toute concurrence. Ici, la main-d'oeuvre coûte presque dix fois moins cher qu'ailleurs.Pendant les Journées cinématographiques de Carthage, du 25 octobre au 1er novembre 2008, un riche producteur indien est venu visiter ces sites. Le nouvel atout de Quinta, qui détient le monopole des laboratoires français après le rachat de LTC et d'une partie d'Eclair, est le troisième site sur lequel il s'est installé, un magnifique terrain prêté par le Vatican. Il s'agit d'un laboratoire de développement, étalonnage, mixage, doté de machines dernier cri pour l'image, le son, les effets spéciaux. Il compte bien attirer là-bas des entrepreneurs du monde entier, et, grâce à son groupe qui contrôle toute la filière, des industries techniques à la distribution, devenir un acteur-clé de l'audiovisuel mondial.


Le Monde - édition du 06 janvier 2009