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Le mal ?tre lycanthropique - "La Tendresse du Loup" de Jilani Saâdi Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Pôle culturel - Cinéma
01-01-2009

Par Mériam Azizi

Depuis le succès de Khorma, son premier long qui a révélé au public tunisien, un acteur finalement libéré de la caractérisation stéréotypée des personnages du cinéma tunisien, incarné en la personne de Mohamed Grayâ, J.Saâdi s’est frayé une voie singulière en empruntant son univers filmique à la réalité des bas-fonds de la société. Cependant, dans les Enfers où nous plongent les images de Saâdi, les figures les plus démoniaques, font preuve d’humanité et d’humanisme lorsqu’il s’agit d’injustice subie à contre cœur et le romantisme existe contre et au gré de tout le monde.

Au titre oxymorique, La Tendresse du Loup, est chargé de références bien que l’histoire en elle-même soit une mise en scène d’un fait social des plus communs à la profonde ville de Tunis. Qui est le loup? Pour qui il est ainsi? A quel point il peut l’être? Nous ne pouvons nous empêcher de penser à la citation connue de Hobbes «l’homme est un loup pour l’homme» pour un titre pareil. La métaphore est ici largement exploitée. Le film s’ouvre sur une situation équilibrée ou plutôt stagnée, celle d’une bande de loups à l’attente, nuitamment, d’un événement quelconque et de préférence divertissant. En attendant, ils trompent leur ennui en se gargarisant de bière. Aziz, Dekbi, Mourad et Stoufa qui vient tout juste d’être réprimandé par son père. Le passage de Saloua, prostituée à ses heures perdues, constitue l’élément perturbateur. L’attaque de la proie, suite à une autodéfense verbale au ton provocateur, brise l’équilibre. Ici, s’intercalent des plans qui reprennent les attributs d’un rendu visuel de caméra surveillance consacrent l’existence d’un œil géant, inutilement voyeur mais qui de par sa position et son immuabilité, participe largement au crime.


L’impression de lassitude et du figement temporel cède la place au rythme accéléré que caractérise l’accompagnement du loup Stoufa, victime de sa propre image, dans sa mésaventure. Pour le malheur d’avoir tenté de dissuader ses copains de commettre un viol collectif, ce dernier, se trouve, chose absurde, obligé de payer pour tous. Inconscient, dévisagé et complètement dépouillé de ses vêtements, c’est dans cet état que tour à tour, éboueurs et primeurs de la Médina de Tunis, le transportent, sur leurs charrues, en urgence. L’invitation au petit voyage de Stoufa, mi-conscient puisqu’on apprend par un monologue intérieur que son système sensoriel est intact. Nous apprenons qu’il ressent l’humidité des légumes en dessous de lui. Saâdi, aurait pu choisir pour l’illustration de ce périple, un plan général où on peut, tout à la fois, avoir un regard et sur la ville et sur le personnage, traversant ses rues, étendu sur une charrue. A la place de ce plan, en général, le plus attendu dans ce cas de figure, on est surpris par un cadrage subjectif, avec une caméra en légère plongée. L’effet du bougé qui nous fait deviner l’emplacement de la caméra face à Stoufa sur la charrue, nous plonge directement dans la réalité intime de ce corps. Conséquence d’ordre aussi bien technique qu’esthétique, de la ville, il n’est possible de percevoir que quelques fragments visibles par-dessus la hauteur des parois de la charrue. Ce qui s’ensuit est principalement centré sur le couple de la belle et la bête. Des montages parallèles montrent comment le reste de la bande d’amis sont tour à tour éliminés. Bientôt, personne ne gravite autour de nos deux héros. L’un se suicide, l’autre quitte la ville de peur de se faire attraper et le dernier se fait abattre. L’action de se débarrasser de tous ces personnages est caractérisée par une condensation dans le temps et pour cause. La concentration spectatorielle est désormais massivement orientée vers une seule articulation dramatique: l’évolution du rapport entre le couple.


Le sentiment de la vengeance pourtant bien développé à l’entrée du cabaret où Stoufa, muni d’un couteau, a suivi Saloua, s’éclipse progressivement. Renversement de situation: sitôt après, l’escorte-girl se détache de son groupe pour se faire raccompagner en scooter par le personnage opposant. Le loup s’attendrit. Bien plus, il éprouve de l’amour pour sa proie: après une nuit d’amour filmé longuement dans l’espace exigu d’une sorte de garage délabré, la réalité rejaillit en surface écrasant un rêve illusoire. A la proposition de Stoufa: une cabane sur une plage capverdienne bercée par la voix de Césaria Evora, la jeune fille préfère poursuivre ses commerces nocturne. Ce moment du scénario a d’autant plus d’effet que Saloua confirme son refus de partager ce rêve tout en se maquillant devant le miroir. Ce qui suggère fortement sa détermination à retourner à son équilibre initial. La rupture est, dans cette scène clé, signifiée par le fait que la fille est de dos par rapport à Stoufa. Il faut souligner que réussir à tourner une scène de cette proximité entre la caméra et les deux personnages rapprochés défie le risque de basculer dans l’ennui. De plus, l’absence de fondu entre les plans de cette séquence provoque une continuité dans le temps ce qui confirme une mimésis intentionnelle avec le temps réel. A quand la fin de la métamorphose douloureuse de l’homme en Lycaon?

 

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