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L'urgence de la transcendance - "Bab'Aziz, Le Prince qui contemplaît son âme", de Nacer Khemir Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Pôle culturel - Cinéma
31-12-2008

Par Mériam Azizi

Les cinéphiles admirateurs du style cinématographique de Nacer Khemir reconnaîtront illico dans Bab'Aziz une continuité dans son écriture. Des Baliseurs du désert en passant par Le Collier perdu de la colombe, l'esthétique singulière du réalisateur ne fait que se confirmer. L'univers filmique de l'opus Khemirienne est inclassable, totalement étrangère à ce que le cinéma tunisien donne à voir. Il semble de toute évidence que Nacer Khemir, dont il est à signaler le profil de conteur, entretient un rapport autre aux formes filmiques ; un rapport où la fiction est mise sur un piédestal dans tout le sens de l'expression.
Bab'Aziz, récit archétypal des Milles et une nuit trahit une fois de plus ce désir d'embrasser le monde par la magie du Verbe.
Le spectateur est d'emblée pris dans un imaginaire mythique. La fiction matrice et originelle enfante de nouveaux récits qui s'imbriquent à longueur du film. L'histoire est pourtant simple : Bab'Aziz, un derviche aveugle, accompagné de Ichtar, une petite fille au regard vif et étincelant s'achemine vers un point dans le désert où tous les trente ans se tient la réunion des derviches. Leur voyage perdu dans l'immensité d'un désert inconnu et où aucune indication temporelle n'est mentionnée, est parsemé de rencontres aussi inattendues l'une que l'autre qui ouvrent sur des mondes possibles. Tout autour du derviche et de sa petite fille, gravitent à chaque reprise de leur longue marche de nouveaux personnages. Un motif commun les réunit : la quête de l'amour. Un amour transcendant qui trouve dans la figure du mystique son incarnation absolue. Cette même force anime le jeune homme et le pousse à suivre les pas de sa bien aimée Nour, partie à la recherche de son père, soufi à son tour. Les histoires se succèdent et s'emboîtent. Les personnages se transforment tour à tour en narrateurs. Ce qui correspondrait, si l'on veut schématiser la structure narrative du film à une pyramide au sommet de laquelle se tient Bab'Aziz. Le film privilégie à la notion de linéarité, une sorte de narration en spirale qui n'est pas sans rappeler la danse des derviches tourneurs. Ce parti pris stylistique sous-tend l'effet de récit labyrinthique dont on peut dire que le film en tire toute sa richesse. Certes, la trame filmique reproduit des poncifs tels que la purification de l'âme par la contemplation du reflet du visage sur l'eau, posture qui n'est pas sans évoquer le Siddhartha du culte bouddhiste ; ou la figure archétypale du fou, mal compris et malmené par la foule tandis qu'en réalité il détient toute la sagesse du monde ; ou encore la proximité nullement arbitraire du vieillard et de l'enfant, deux êtres symbolisant l'entrée et la sortie dans et de la vie. Un lien si indéfectible et si profond à tel enseigne qu'Ichtar en tombant malade préfigure la séquence nocturne dans le cimetière des derviches vers la fin où Bab'Aziz se donne à une mort douce. C'est la fin du voyage initiatique. Ichtar, prend la relève : processus symbolique du mythe de l'éternel retour. Démunis de toute indication d'orientation, ce nonobstant, les deux voyageurs parviennent à atteindre leur but. Une perte momentanée de repères qui finit par les retrouvailles au sein d'un cercle de derviches. L'unification de l'âme après sa dispersion. La cérémonie est grandiose. Un panoramique horizontal précédé d'un plan d'ensemble balaye les fidèles au rite, venus de tous les coins du monde. Une diversité ethnique et musicale fait penser à la tour de Babel. Et toujours le retour au désert, à l'infini. La vibration est aussi un thème majeur. Vibration à la fois montrée et sentie par le spectateur à travers le corps en voix et mouvement. La scène qui nous dévoile l'intérieur du mausolée curieusement et hermétiquement bâti sous terre en est un exemple parlant. On ne saurait rester de marbre devant la beauté de cette femme en tchador noir entonnant avec une extrême quiétude un chant dont on comprend pas les paroles mais qui une vertu enivrante. L'é-motion est à son comble. Devant cet espace inondé d'un fabuleux clair-obscur, on est pris d'émerveillement. La lumière ainsi que le cadrage en plongée sur le centre du mausolée avec la coulée du sable depuis le toit, donne à l'image une dimension universelle. Un plaisir pour le regard avertit qui dit long sur le travail iconographique déployé depuis l'ouverture du film jusqu'au dernier plan. Un monde d'austérité et de sagesse s'ouvre devant nous. Peut-on espérer son existence en dehors de la fiction ? Bab'Aziz redonne à la parole, à la poésie arabe et persane et à la musique spirituelle leur place et leur vertu originelles. La transcendance devient urgence. Dans une époque gagnée par la matière, le film de Naceur khmir détient le baume infaillible.


Article paru sur Africiné le 21/12/2006 et publié en accord avec l'auteur.
http://www.africine.org/?menu=art&no=6374 

 

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