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Thibursicum Bure: de la destruction de Carthage ? la création de la Provincia Africa Nova Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Pôle culturel - Histoire
31-12-2008

Par Lassaad Habaiel 

http://www.jeunestunisiens.com/upl/BURE_THIBURSICUM.JPG

Teboursouk, l'antique Thibursicum Bure est une ville de Tunisie (Gouvernorat de Béjà). Elle est située dans la région du Haut Tell, au nord ouest du pays. Perchée à plus de 500m d'altitude, elle est construite en amphithéâtre, entre le Djebel Sidi Rahma qui la domine à l'ouest et l'oued Esswani qui la défend à l'est. La cité se trouve à 7 km, au nord est, du site de Dougga et à 100 km à l'ouest de la capitale Tunis. Cet article a pour but la restitution de l'histoire géopolitique de la Cité durant un siècle, entre 146 av. J-C et 46 ap. J-C. Durant cette période, la ville a subi les impacts des évènements qui ont secoué l'Afrique. Les conquêtes de Cathage, la troisième guerre punique, la guerre de numidie et enfin la guerre civile ont obligé la ville à changer d'allier, de position et surtout d'identité. D'origines numide, la ville a été aussi punique puis romaine. Selon la carte géopolitique dictée par les Vainqueurs, Teboursouk changea son orientation et son appartenance.

 

Numide à l’origine, Thibursicum Bure fut aussi un foyer libyco-punique. Elle se trouvait sur les territoires conquis par Carthage, sur les Massyles, depuis une date mal déterminée. La domination carthaginoise s'éteindra au milieu du IIe siècle av.J-C. A partir de cette date, elle fut l’une des villes pour lesquelles les Carthaginois et les Numides se disputèrent la légitimité invoquant les uns et les autres des droits anciens. Avec Thugga (Dougga), Thibursicum Bure faisait partie de cette région où, au dire d’Appien, on pouvait compter cinquante villes. Ces dernières tombèrent, grâce à l’aide des Romains, aux mains du roi Numide Massinissa vers 150 av. J-C.
La fin de la troisième guerre punique, en 146 av. J-C, marqua la mort politique de la Carthage punique. Le sénat romain décida la destruction de la ville et la création d'une province romaine en Afrique: la «Provincia Africa». Un fossé, la «Fossa Regia», fut creusé par le consul Scipion Emilien. Il isola les royaumes numides des territoires passés aux mains des Romains. Le territoire de Teboursouk ne fut pas immédiatement occupé. En effet, faisant partie des terres revendiquées puis récupérées par Massinissa, le territoire n’était pas compris dans la géographie de la nouvelle province romaine, héritière du territoire de Carthage. La frontière de cette province romaine passait par la crête de Djebel Ech Cheid qui fait face à notre ville. Son tracé, dans le secteur, est connu. Thibursicum Bure est située, donc, à l’ouest de la «Fassa Regia», c'est-à-dire à l’intérieur des terres numides.
La victoire du consul Marius, sur Jugurtha suite à la guerre de Numidie (112- 105 av. J-C), marqua la prise en main des affaires locales à l’ouest de la frontière de la Provincia Africa. Elle allait fournir à Rome l’occasion de relancer la politique de colonisation et de renforcer son implantation à l’ouest de la «Fossa Regia» sur les terres des cités numides. Le «rêve» de Massinissa de construire un royaume numide uni et fort s'est achevé avec la capture puis la disparation de son petit fils, le roi Jugurtha en 104 av. J-C. La stabilité et le calme relatif, suite à la défaite numide, ont aidé les Romains à promouvoir et à mettre en pratique les fondations d’une politique partisane d’une «Numidie romaine».
Dans la région de Teboursouk, des colons furent installés sur l’ordre du consul Marius. Des vétérans italiens, mais aussi des Gétules, dotés de la citoyenneté romaine, avaient reçu des terres en vertu d’une loi (la Lex Appulia Saturnina) qui date de l’année 103 av. J-C. Ces colons furent implantés sur le territoire des villes numides qui continuaient à faire partie du «royaume de Gauda» comme Thibaris (Tibar) et Uchi Maius (Henchir Edwamis), villes situées à une vingtaine de kilomètres au nord et nord ouest de Teboursouk. Des implantations eurent lieu, aussi, à Mustis (El Krib) située à vingt kilomètres au sud ouest de notre ville. Nous pouvons aussi signaler un autre centre de colonisation romaine situé au nord ouest de Ghardimaou à Thubunica. Dans ces conditions, il est difficile de croire que l’arrière pays de Thibursicum Bure, doté de terres fertiles et situé au centre d’une région stratégique pour l’avenir de la politique romaine en Afrique soit resté vierge jusqu’à la création d’une nouvelle province en 46 av. J-C.
César, à la fin de la guerre civile qui l’opposa à Pompée, supprima les royaumes numides. A partir des territoires du roi numide Juba Ier, allié de Pompée, il créa une nouvelle province romaine en 46 av. J-C: l’Africa Nova. Dès cette date, une distinction juridique exista entre cette nouvelle province et la Provincia Africa rebaptisée Africa Vetus. La Fossa Regia, tracée par Scipion un siècle plus tôt, marquait les frontières entre les deux provinces. Une fois que les affaires d’Afrique furent réglées par César, Thibursicum Bure, située à l’ouest de la Fossa Regia, se retrouva en Africa Nova. Avec la nouvelle carte géopolitique, notre ville devint une commune sujette de Rome, et fut l’un des foyers de la colonisation romaine. Le contexte était ainsi favorable à l’arrivée de nouveaux colons romains dans la région suite à la relance de la politique de colonisation. Teboursouk, nœud routier principal, est située au centre d’un riche et stratégique terroir: la vallée de Medjerda. Celle-ci représentait un élément-clef de la politique de colonisation romaine. Une fois entre ses mains, Rome pouvait lancer la conquête des grandes plaines fertiles de la Numidie.
Un pagus (district de la pertica Carthaginensium) constitué de citoyens romains a coexisté depuis probablement le premier siècle de l'ère chrétienne à coté de la cité indigène dite «pérégrine». Entrant en contact avec les Romains, Teboursouk, la cité pérégrine, orientée autrefois vers une civilisation orientale (la civilisation punique), va subir durant deux siècles et demi, entre 46 av. J-C et 205 ap. J-C, les influences de la politique et de la culture romaines avant de changer de statut juridique. En 205 ap. J-C la ville accéda au statut de «Municipe romain». Sa dénomination officielle - Municipium Septimium Aurelium Severianum Antoniniarum Frugiferum Conordium Liberum Thibursicensium Bure- permet de dater sa constitution au règne conjoint de deux Empereurs romains d'origine africaine: Septime Sévère et Caracalla (198- 211 ap. J-C). Comme à Dougga sa voisine, l'accès au statut de municipe, est le fruit de la fusion de deux communauté: la Civitas (cité indigène) et le Pagus.

SOURCES :
Recueils épigraphiques:
- CIL: Corpus Inscriptionum Latinarum, VIII, Berlin 1881- 1916 (Ins. n° 15260).
- Cagnat (R.), Merlin (A.), Chatelin (L.), Inscriptions Latines d'Afrique, Paris 1944 (Ins. n° 506)
- Fantar (M.), Téboursouk, stèles anépigraphiques et stèle à inscriptions néopuniques, Mém. présentés à l'Académie des Ins. et Belles lettres, 16, 1974.
Sites Internet:
Anissa Slim, www.e-monsite.com/teboursoukmessouvenirs.
Ouvrages Généraux:
- Benabou (M.), La résistance africaine à la romanisation, Paris, 1976.
- Camps (G.), Monuments et rites funéraires protohistoriques, Paris, 1961.
- Decret (F.) et Fantar (M.), L'Afrique du Nord dans l'Antiquité, Paris, 1981.
- Di Vita (G.), La Fossa Regia et les diocèses d'Afrique proconsulaire, Africa Romana III, Sassari, 1986.
- Ferchiou (N.), Décor architectonique d'Afrique proconsulaire (IIIe siècle av. J-C- Ier siècle ap. J-C), 1989.
- Février (P. A), Approche du Maghreb romain, 2 tomes, Aix-en-Provence, 1989.
- Gascou (J.), La politique municipale de l'empire romain en Afrique proconsulaire de Trajan à Septime Sévère, Rome, 1972.
- Gascou (J.), Les pagi carthaginoi, Villes et campagnes dans l'Empire romain, Actes du colloque d'Aix-en-Provence (16- 17 mai 1980), 1982.
- Gsell (St.), Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, Paris 1913.
- Julien (Ch.), L'histoire de l'Afrique du Nord, Paris 1951.
- Lassère (J. M), Ubique Populus, Paris 1977.
- Pflaum (H. G), La romanisation de l'ancien territoire de la Carthage punique à la lumière des découvertes épigraphiques récentes, Antiquité Africaine 4, 1970.
- Slama (P.), Bornes miliaires d'Afrique proconsulaire, Rome 1987.
- ...

 

Commentaires  

 
-1 #1 Maribel G. Arroquia 2010-02-22 17:57 Muy bueno el artículo.

Saludos de Maribel, coincidimos en la Universidad de Burdeos en 1996, espero que todo te vaya muy bien.
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