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L'esclavage en Tunisie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Pôle culturel - Histoire
31-12-2008

Par Hamdi Raissi

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L’esclavage est un fléau qui a touché l’ensemble de la planète et à travers tous les âges. Ainsi notre pays a-t-il aussi été touché par ce phénomène. Il est malheureusement un lieu commun en Tunisie que les gens de couleur noire soient associées à cette «histoire servile» de façon exclusive. L’objet de cet article est de montrer à travers des faits historiques que cette façon de penser n’est qu’ignorance voire racisme.

Il est commun de penser en Tunisie que l’ascendance servile serait exclusivement le fait de personne ayant une couleur de peau noire. Cependant si l’on se réfère aux sources historiques, il apparaît que l’esclavage remonte à la nuit des temps. Ce phénomène a touché notre pays bien avant que se nouent les contacts commerciaux transsahariens qui vont introduire les premiers esclaves de couleur noire. Ainsi il est bien connu que les phéniciens qui nous ont laissé les premières écritures en Tunisie pratiquaient l’esclavage et faisaient du commerce d’êtres humains. Les premières victimes de ces pratiques étaient des individus de la population locale c’est-à-dire les berbères, mais on peut imaginer que les intrépides commerçants qu’étaient les phéniciens ont «importé» des esclaves de tout le pourtour méditerranéen où ils avaient de nombreux comptoirs. De plus les coutumes de guerre antiques étaient claires: une ville ou un peuple vaincu étaient à la merci du vainqueur, et sa population souvent réduite à l’esclavage. Ce fut probablement le cas de nos lointains ancêtres berbères assujettis par les carthaginois. Mais ce fut aussi le cas des carthaginois eux-mêmes, dont les derniers survivants furent mis en esclavage par les romains de Scipion. Ainsi les derniers citoyens de cet emblème national que chaque tunisien évoque avec fierté qu’est la cité de Carthage ont fini en tant qu’esclaves. Par la suite les romains ont appliqué une législation qui légitimait l’esclavage. Dans de nombreuses mosaïques d’époque romaine figurent des esclaves faisant le service ou enchainés.Par ailleurs, de nombreux textes de cette époque ne laissent point de doutes sur l’étendue de ce phénomène. Ces textes ont été confirmés par des fouilles de sépultures d’anciens esclaves.
Certaines personnes qui ont des connaissances historiques générales rétorquent à ces arguments que les gens qui ont une couleur de peau noire ont des ancêtres esclaves beaucoup plus proches que d’autres. Ainsi les noirs ont été victimes de l’esclavage en Tunisie jusqu’au XIXème siècle, alors que le reste de la population n’aurait pas connu l’esclavage depuis les temps reculés de l’antiquité. Il est vrai qu’un commerce transsaharien s’est établi entre les pays du Maghreb et les pays sub-sahariens. Ces liens commerciaux étaient divers: De nombreux produits étaient échangés et c’est par ce biais que l’Islam a touché les pays du Sahel. On peut aussi citer la musique Gnawa en Algérie et au Maroc qui est une musique inspirée des esclaves noirs. L’esclavage est le coté sombre des échanges entre le Maghreb et le reste de l’Afrique. Ce commerce s’est éteint au XIXème avec la vague de colonisation qui a lancé une nouvelle forme d’exploitation.
Cependant, avec la conquête islamique la Tunisie a été le plus souvent un pays «frontière» avec une autre région du monde: L’Europe chrétienne. De cette manière des expéditions militaires ou de piraterie ont toujours été lancées à partir de nos rivages vers les cotes européennes. L’âge d’or de la course est sans contexte la période de la Régence de Tunis suite à la conquête de notre pays par le corsaire «Barberousse» pour le compte du sultan d’Istanbul. De ces expéditions on ramenait un butin varié qui incluait des êtres humains. Les personnes que l’ont avait capturé à l’occasion d’une descente en Italie ou en Espagne ou bien lors de la capture d’un navire avaient un sort divers. Certains étaient libérés par leur famille ou le Consul représentant leur nation auprès des autorités tunisiennes en échange d’une rançon. Les jeunes garçons étaient souvent circoncis et engagés dans le corps des janissaires sous la Régence. Ceux qui refusaient d’embrasser l’Islam étaient vendus comme esclaves. D’ailleurs un simple examen de la carte de Tunisie nous donne un indice: Le village Souk El Abid («le marché aux esclaves») est situé non loin de la pointe du Cap-Bon près de la grande base navale de Kélibia d’où partaient les expéditions de pirates. Ce village est loin de l’axe nord-sud du commerce transsaharien. Ce phénomène d’esclavage «blanc» n’était pas marginal puisque les historiens estiment à 200000 le nombre d’européens convertis à l’Islam de 1500 à la fin de la course. Cette information est à mettre en parallèle avec le fait qu’en 1634 un père de l’église estimait que 10% des prisonniers renonçaient à la foi chrétienne. Par exemple, en 1680 on compte 600 esclaves néerlandais et 200 marins allemands et nordiques pris dans des navires néerlandais. Le 2 septembre 1798, des corsaires investissent Carloforte le bourg principal de l’île Saint-Pierre au sud-est de la Sardaigne et emmènent en captivité 900 personnes.
Enfin il est à noter que la Régence tirait une bonne part de ses revenus de la course. Ce phénomène a pris fin le 10 avril 1816 lorsqu’une imposante flotte anglo-hollandaise arrive devant La Goulette et contraint le Bey de Tunis à renoncer à la course. En effet au Congrès de Vienne où se règle le devenir de l’Europe post-napoléonienne, les nations européennes déclarent que l’esclavage des blancs n’est plus acceptable et doit être abolie. On enregistre seulement quelques départs de corsaires les années qui suivent 1816.
Ce n'est qu'en Janvier 1846 qu'Ahmed I Bey abolit par decret et de façon formelle l'esclavage, sur tout le territoire tunisien. Cette décision n'a pas été acceptée, et a eu comme conséquences la précarisation et la paupérisation des anciens esclaves, car l'affranchissement assure l'émancipation juridique et non sociale.
En conclusion il apparaît clairement que les périodes d’esclavage issus du commerce transsaharien et l’esclavage issu de la piraterie contre les pays d’Europe se sont terminées à quelques décennies d’intervalle qui est négligeable pour un pays à l’histoire multimillénaire comme la Tunisie. Ainsi personne en Tunisie ne peut affirmer ne pas avoir eu d’ascendant (blanc ou noir…) qui a connu l’esclavage.
 

Sources:
"Les cahiers de Tunisie" Tome XLVI, numéro 165 trimestre 93.
"L'abolition de l'esclavage en Tunisie à travers les archives", 1841-46. Ed Alif, Tunis, Abdelhamid Larguech (1990)
"Les Ombres de la Ville : Pauvres, Marginaux et Minoritaires à Tunis aux XVIIIè et XIXè siècles". Centre de publication Universitaire, Tunis, Abdelhamid Larguech (1999).
"Marginales en terre d'Islam",(co-auteur) CERES.ED, Tunis, Abdelhamid Larguech (1993).
Decret d'abolition de l'esclavage par Ahmed I Bey en Janvier 1846 (arabe)
http://www.archives.nat.tn/pdf_doc/849300.pdf
Histoire navale de la Tunisie
http://pagesperso-orange.fr/jean-francois.coustilliere/essais/histoire%20Tunisie.htm 

 

 

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